Pourquoi Labubu fascine autant les collectionneurs ?
Depuis plusieurs années, un petit monstre au sourire malicieux fait tourner la tête des collectionneurs du monde entier : Labubu. Créé par l’artiste hongkongais Kasing Lung, ce personnage issu de l’univers The Monsters, édité par POP MART, est devenu un véritable phénomène de la pop culture asiatique.
Mais qu’est-ce qui explique un tel engouement ? Pourquoi des fans parcourent-ils des kilomètres, dépensent des fortunes, ou campent devant les boutiques pour obtenir ces figurines au visage étrange ?Cet article explore les raisons profondes derrière la fascination qu’exerce Labubu : son design unique, son univers poétique et mystérieux, sa rareté maîtrisée, et surtout, le sentiment d’appartenance communautaire qu’il suscite.
Pour comprendre le succès de Labubu, il faut d’abord s’intéresser à son créateur, Kasing Lung. Cet illustrateur originaire de Hong Kong, ayant grandi en Belgique, s’est fait connaître pour ses dessins mêlant fantaisie enfantine et angoisse existentielle.
Son univers graphique rappelle à la fois Tim Burton, Hayao Miyazaki et Jean-Pierre Jeunet, mais avec une touche personnelle : une atmosphère de rêve légèrement inquiétante.Labubu, le personnage principal de sa série The Monsters, est né au début des années 2010. Avec ses grandes oreilles pointues, ses dents proéminentes et son regard à la fois espiègle et mélancolique, Labubu incarne une forme d’innocence perturbée — un équilibre fragile entre douceur et monstruosité.
🎨 Kasing Lung a souvent déclaré :
« Labubu, c’est la part d’enfance que chacun garde en lui, un mélange de peur, de curiosité et d’imagination. »
Cette dimension émotionnelle explique en partie pourquoi les collectionneurs s’attachent profondément à ces petites figurines : elles ne sont pas seulement jolies, elles racontent une émotion universelle.
Le succès de Labubu n’aurait sans doute pas été aussi fulgurant sans le soutien de POP MART, géant chinois du designer toy. L’entreprise a su transformer le monde des figurines d’art en un véritable marché de collection mainstream.Chaque Labubu est vendu dans une “blind box” (boîte surprise) : l’acheteur ne sait pas quelle figurine se cache à l’intérieur. Ce système crée une dynamique de jeu, entre suspense et addiction, comparable à celle des cartes Pokémon ou des NFT.
Ouvrir une boîte POP MART, c’est ressentir un frisson de curiosité : vais-je tomber sur le modèle rare ? Le “secret” caché ?
Cette mécanique de rareté et de hasard alimente le désir de collectionner, car chaque nouvelle série devient une chasse au trésor.
Certaines figurines Labubu atteignent aujourd’hui des prix impressionnants sur les sites de revente :
Ce marché spéculatif, proche de celui de l’art contemporain, renforce la fascination des collectionneurs : acheter un Labubu, c’est acquérir une œuvre d’art miniature, parfois même un placement.
Au-delà du marketing, Labubu séduit par son esthétique singulière. Contrairement à de nombreuses figurines kawaii ou lisses, il incarne une beauté imparfaite, presque brutale.
Ses traits asymétriques, son sourire déformé, ses yeux ronds et profonds évoquent une fragilité universelle.
Dans un monde saturé d’images parfaites, Labubu attire précisément parce qu’il n’est pas parfait. Il représente l’imperfection assumée, une valeur très présente dans la culture japonaise du wabi-sabi : la beauté des choses simples, transitoires et incomplètes.
Les figurines de Kasing Lung jouent sur des couleurs pastel, des textures mates et des thèmes rêveurs : pluie, lune, nuages, fantômes ou forêts.
Chaque série crée un univers narratif miniature, renforçant la dimension artistique et émotionnelle du personnage.
Le facteur rareté est central dans la fascination pour Labubu. POP MART maîtrise parfaitement l’art de la pénurie organisée : certaines éditions ne sont disponibles que lors d’événements spécifiques, comme la Toy Soul Expo à Hong Kong ou la Beijing Toy Show.
Chaque nouvelle sortie est une expérience collective : files d’attente, loteries, ventes flash, drops en ligne.
Ces contraintes créent un sentiment d’urgence et renforcent le plaisir d’appartenance pour ceux qui réussissent à obtenir la pièce convoitée.
Dans les communautés en ligne — Reddit, Discord, Facebook ou Xiaohongshu — le phénomène Labubu s’accompagne d’un FOMO (Fear Of Missing Out) constant.
Les collectionneurs s’informent, échangent, comparent et spéculent.
L’acte de collection devient alors une aventure sociale, où chaque figurine raconte une histoire de patience, de chance ou de hasard heureux.
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L’un des aspects les plus fascinants du phénomène Labubu réside dans la communauté mondiale qu’il a engendrée.
Les collectionneurs ne se contentent pas d’acheter : ils créent, customisent, photographient et partagent leurs figurines.
Sur Instagram, TikTok ou Pinterest, le hashtag #Labubu compte plusieurs millions de vues.
Les fans mettent en scène leurs figurines dans des décors naturels ou urbains, transformant chaque photo en mini-histoire poétique.
Certains vont jusqu’à créer des fan arts, des stop motions ou des scènes dioramas inspirées de The Monsters.
Les communautés Labubu sont très actives sur Discord, Facebook et Xiaohongshu, où les fans partagent des conseils, des “checklists” et des échanges.
Cette émulation collective renforce le lien émotionnel entre le collectionneur et l’objet.
Labubu n’est plus seulement une figurine : c’est un symbole d’appartenance à une tribu mondiale, à la croisée de l’art et du jouet.

Chaque nouvelle collection de Labubu raconte une histoire différente, souvent empreinte de symbolisme et de nostalgie.
Kasing Lung s’inspire de contes, de saisons, de rêves ou de souvenirs d’enfance pour donner vie à de nouvelles versions de son monstre fétiche.
Ce storytelling renforce l’attachement du public, car chaque série offre une nouvelle facette du personnage, une nouvelle émotion à collectionner.
Labubu n’appartient pas qu’aux collectionneurs asiatiques. Il séduit également les amateurs d’art, les designers occidentaux et les jeunes générations en quête d’objets émotionnels.
Dans les expositions de designer toys à Paris, Berlin ou Los Angeles, Labubu occupe désormais une place centrale.
Les art toys comme Labubu abolissent les frontières entre art, jouet et mode.
Ils parlent à toutes les générations : aux enfants par leur apparence douce, aux adultes par leur symbolisme profond, et aux collectionneurs par leur exclusivité.
Cette transversalité culturelle explique la longévité du phénomène.
POP MART et Kasing Lung ont su maintenir l’intérêt du public grâce à des collaborations artistiques audacieuses.
Certaines éditions spéciales reprennent les codes de grandes marques ou de fêtes populaires (Noël, Halloween, Nouvel An lunaire), tandis que d’autres s’associent à des artistes ou licences externes.
Les collaborations Labubu x The Monsters Café ou Labubu x POP BEAN ont généré des files d’attente record.
Chaque nouvelle sortie devient un événement culturel à part entière, avec des posts viraux et des reventes instantanées sur les plateformes de seconde main.
Si Labubu fascine autant, c’est aussi parce qu’il agit comme un miroir émotionnel.
Son sourire incertain, son regard entre la joie et la tristesse, éveillent une forme de nostalgie universelle.Pour beaucoup de collectionneurs, Labubu représente :
“Collectionner Labubu, c’est un peu comme collectionner des émotions que l’on ne sait pas nommer.”
Cette dimension psychologique explique pourquoi Labubu ne se démode pas : il touche à quelque chose de profondement humain.
La jeune génération, notamment en Asie, vit dans une société hyperconnectée, compétitive et anxiogène.
Les objets comme Labubu offrent un réconfort visuel et émotionnel : ils incarnent une forme de douce rébellion contre la perfection.
Le phénomène Labubu s’inscrit dans la tendance du “cute therapy”, où les objets kawaii servent à canaliser le stress et à retrouver de la tendresse au quotidien.
Mais à la différence des personnages purement mignons comme Hello Kitty, Labubu a une dimension mélancolique, presque philosophique.Il rappelle que la beauté réside aussi dans la tristesse, la solitude et la différence — des thèmes qui résonnent fortement dans la culture contemporaine post-COVID.
Certains se demandent si le succès de Labubu ne finira pas par s’essouffler.
La Labubu-mania pourrait-elle être une simple bulle spéculative, comme celle des NFT ?
Même si les prix flambent, la communauté reste très active et passionnée.
Les expositions POP MART continuent de battre des records de fréquentation, et Kasing Lung développe de nouvelles lignes d’art toys et d’illustrations, garantissant une évolution constante.
Tout indique que Labubu est en train de passer du statut de jouet de collection à celui d’icône artistique.
Il s’inscrit dans la lignée des grands personnages de l’art contemporain, aux côtés de Kaws, Murakami ou Be@rbrick.
Son héritage visuel et émotionnel pourrait inspirer des générations futures de créateurs.
Labubu fascine autant parce qu’il ne se contente pas d’être mignon.
Il est à la fois étrange, attachant, poétique, dérangeant et profondément humain.
Il résume à lui seul le paradoxe de notre époque : la recherche de douceur dans un monde brutal, de sincérité dans la culture du paraître, et de beauté dans l’imperfection.
Pourquoi Labubu fascine autant les collectionneurs ?
Parce qu’il est plus qu’un jouet — c’est un miroir émotionnel et un symbole d’art contemporain populaire, où se mêlent hasard, nostalgie, et passion partagée.