Qui est Labubu
Labubu n’est pas seulement une figurine en vinyle : c’est une icône de la culture pop contemporaine. Avec son sourire carnassier, ses yeux pétillants et son allure mi-démon mi-enfant, cette créature imaginée par l’artiste hongkongais Kasing Lung a conquis le monde des art toys et des collectionneurs. Derrière son apparence à la fois terrifiante et attendrissante se cache une œuvre profondément symbolique, née d’un univers artistique singulier où se mêlent rêve, enfance et étrangeté.Dans cet article, plongeons dans les origines de Labubu, la vision de son créateur Kasing Lung, et la façon dont ce petit monstre est devenu un phénomène mondial à travers les collections POP MART et les expositions internationales.
L’histoire de Labubu remonte aux années 2010, dans l’univers poétique et un peu inquiétant de Kasing Lung, artiste hongkongais autodidacte, illustrateur et conteur. Avant de collaborer avec des marques, Lung travaillait déjà sur un univers graphique unique, inspiré à la fois par les contes pour enfants, les légendes urbaines et les monstres imaginaires de son enfance.Selon l’artiste, Labubu est apparu presque par accident dans ses carnets de dessin :
« Il est sorti de ma main sans que je sache vraiment pourquoi. C’était une créature étrange, espiègle, avec ce sourire qui semblait à la fois gentil et dangereux. »
Labubu est né dans une série d’illustrations intitulée The Monsters, un monde peuplé de créatures grotesques mais attachantes. Ce qui distinguait Labubu, c’était son charme ambigu, entre la peur et la tendresse, l’enfant et le démon, le rêve et le cauchemar.
Kasing Lung (né en 1972) a grandi à Hong Kong avant de s’installer aux Pays-Bas. Son parcours reflète une fusion culturelle : il s’inspire de la sensibilité asiatique du détail et de la narration, mais aussi de l’expressionnisme européen.
Très tôt, il se passionne pour le dessin, les livres illustrés et les jouets vintage. Il cite souvent comme influences Tim Burton, Hayao Miyazaki et les contes de fées d’Andersen — autant de mondes où la beauté côtoie la mélancolie.Sa démarche artistique repose sur un principe : donner une âme aux monstres. Pour lui, les créatures étranges représentent nos émotions refoulées, nos peurs et nos rêves.
« Les monstres ne sont pas effrayants. Ils sont honnêtes. Ils montrent ce que les humains cachent », explique-t-il souvent dans ses interviews.

Les œuvres de Kasing Lung se reconnaissent au premier coup d’œil : un mélange de tons pastels, de textures poussiéreuses et d’expressions décalées.
Son univers évoque les albums pour enfants, mais les thématiques qu’il aborde — la solitude, la différence, la nostalgie — parlent surtout aux adultes. Cette dualité donne à Labubu sa force émotionnelle : il semble sorti d’un conte perdu, à la fois mignon et perturbant.
Labubu est souvent représenté dans des situations du quotidien : jouant, rêvant, ou observant le monde avec un regard curieux.
Sa bouche large et ses dents pointues rappellent les créatures du folklore asiatique, tandis que ses grandes oreilles et ses yeux ronds le rapprochent du design européen des années 1950.
C’est cette combinaison subtile de naïveté et de malice qui a fait de Labubu un personnage universel.
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C’est en 2018 que Labubu entre véritablement dans la culture populaire grâce à la collaboration entre Kasing Lung et la marque POP MART, géant chinois des designer toys.
POP MART, déjà célèbre pour ses séries Molly ou Skullpanda, cherchait alors à développer un univers plus artistique. L’arrivée de Labubu a immédiatement séduit les collectionneurs.La première série intitulée The Monsters Series a connu un succès fulgurant, notamment en Chine, au Japon et en Corée. Rapidement, Labubu devient une figure culte du toy design, au même titre que Be@rbrick ou Sonny Angel.
Chaque collection Labubu de POP MART repose sur une narration propre :
Certaines figurines sont produites en édition ultra-limitée, d’autres exclusivement vendues lors d’expositions, créant une rareté comparable à celle du marché de l’art.
Depuis 2020, les Labubu s’arrachent dans le monde entier. Des files d’attente se forment lors des sorties POP MART, et des figurines se revendent parfois plus de dix fois leur prix d’origine sur les sites de revente comme eBay, Mercari ou StockX.Cette rareté alimente un véritable culte : des groupes Facebook et des serveurs Discord réunissent des milliers de fans échangeant des figurines, des photos et des rumeurs sur les prochaines éditions.
Kasing Lung a également multiplié les expositions d’art autour de son univers. Ses œuvres ont été présentées à Hong Kong, Tokyo, Séoul, Paris et Taipei.
Chaque exposition dévoile des peintures originales, des installations immersives et des figurines exclusives.
Le Labubu Café éphémère à Hong Kong en 2023 a même proposé des desserts inspirés du personnage, renforçant son statut d’icône lifestyle.
Labubu n’est qu’un des personnages de la mythologie imaginée par Kasing Lung. Il appartient à la série The Monsters, un univers peuplé de créatures aux personnalités variées :
Chaque personnage incarne une émotion ou une facette de l’âme humaine. Ensemble, ils forment une société miniature, miroir poétique de la nôtre.
L’artiste décrit The Monsters comme une façon d’exprimer la complexité du monde à travers des êtres imaginaires.
Pour Kasing Lung, Labubu est avant tout une métaphore de l’enfant intérieur.
Son visage expressif et son sourire carnassier rappellent que la joie et la peur coexistent souvent dans nos émotions d’enfant.
« Labubu ne grandit jamais, il observe le monde avec curiosité, mais il sait aussi que tout peut basculer. »
Dans la communauté des collectionneurs, Labubu est aussi perçu comme un symbole d’altérité. Ni homme ni femme, ni humain ni monstre, il échappe aux catégories.
Son apparence androgyne et son comportement imprévisible ont séduit de nombreux fans LGBTQIA+, qui voient en lui une figure de liberté et d’expression de soi.
Kasing Lung revendique une fascination pour les contes sombres et les films d’animation mélancoliques.
L’univers de Labubu évoque à la fois :
Cette fusion culturelle donne à Labubu un charme intemporel, accessible à la fois aux collectionneurs d’art et au grand public.
Les figurines Labubu, vendues autour de 15 à 20 euros en boîte aveugle, peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros selon la rareté.
Les éditions “chase” (rares) ou les versions exclusives d’exposition se vendent parfois à plus de 1000 euros sur le marché secondaire.Cette dynamique a transformé le phénomène en un véritable marché spéculatif, comparable à celui des sneakers ou des NFTs à leur apogée.
Cependant, Kasing Lung garde une approche artistique : il rappelle que chaque Labubu doit avant tout être un compagnon de rêve, pas un produit financier.
Fort de son succès, Labubu a inspiré de nombreuses collaborations avec des marques :
Ces partenariats ont permis d’élargir la visibilité du personnage au-delà du cercle des collectionneurs d’art toys.
Sur Instagram, TikTok et Xiaohongshu, le hashtag #Labubu compte des millions de vues.
Les vidéos de unboxing sont devenues un véritable rituel : la surprise, la rareté et la réaction des fans participent à un marketing émotionnel très puissant.
Si l’univers de Labubu séduit un large public, certains observateurs y voient une commercialisation excessive de l’art.
Les séries limitées, les files d’attente et la spéculation rappellent parfois la logique du luxe ou du NFT.
Mais pour beaucoup, cette tension fait partie intégrante du mouvement des designer toys : un espace où l’art, la mode et la consommation se rencontrent.Kasing Lung assume cette ambiguïté :
« Je préfère que mes monstres soient aimés, même dans une boîte surprise, plutôt qu’accrochés sur un mur inaccessible. »
POP MART poursuit son expansion à travers l’Europe et les États-Unis, ouvrant des boutiques à Paris, Londres et New York.
Labubu est désormais une ambassade mondiale du design toy asiatique, au même titre que Hello Kitty ou Doraemon, mais avec une touche plus underground et artistique.
La question se pose : Labubu est-il une mode passagère ou une icône durable ?
Pour l’instant, la cohérence artistique de Kasing Lung, la richesse de son univers et la fidélité des fans laissent penser que le personnage pourrait traverser les décennies, à l’image des figurines de Medicom ou des œuvres de Takashi Murakami.
Labubu, c’est plus qu’un jouet : c’est un miroir de nos émotions, une créature qui brouille les frontières entre le beau et le laid, le drôle et le tragique, l’enfantin et le profond.
En un sourire denté, Kasing Lung a su capturer l’âme de notre époque, tiraillée entre nostalgie, collection et quête d’authenticité.Qu’on le découvre au hasard d’une boîte POP MART ou sur les murs d’une galerie, Labubu nous rappelle une chose essentielle :
nos monstres intérieurs méritent aussi d’être aimés.